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Lettre de Macron

Lire Macron dans le texte... et puis après ?

Publié le 14 janvier

Quelle confiance faire à ce président qui vendredi dernier encore insultaient ceux qui se lèvent contre sa politique en assénant des poncifs ?

Associant dans une même phrase « les troubles que notre société traverse » avec le fait que « beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu’on peut obtenir sans faire des efforts », Macron n’a commis aucun dérapage, aucune maladresse, mais livré le fond de sa pensée déjà déroulée dans ses précédentes saillies. Il nous dit que si nous voulons voir les résultats de sa politique, alors il faut accepter les efforts qu’il impose. N’avait-il pas déjà usurpé les mots de Kennedy en nous invitant à nous demander ce que nous pouvons faire pour notre pays plutôt que de demander ce que le pays peut faire pour nous ? Et gare à ceux qui fragilisés par le chômage par exemple s’aviseraient de ne pas accepter n’importe quel boulot sous-payé, déclassé, au diable vauvert. Ceux-là seront punis, radiés, sanctionnés.

Il faut lire Macron dans le texte lorsqu’il parle de notre pays où « le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. » Et dans la foulée nous expliquer que « chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. Les aléas de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontés, grâce à l’effort partagé par tous.

C’est pourquoi la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires. » Il y a de quoi s’étrangler. Jamais les inégalités sociales, territoriales, générationnelles n’ont été aussi criantes. Jamais ce qui fonde notre pacte social, n’a été aussi profondément remis en cause. Nos services publics, nos réseaux, nos infrastructures sont vendus à l’encan au nom d’une prétendue efficacité jamais démontrée. Services publics pour lesquels la consultation ouvre la voie sur ceux qui pourraient disparaître !

Ce débat national est une idée de génie. Elle permet à ce président très en difficulté de reprendre la main. On pourra discuter de tout nous assure-t-il hormis des salaires et du pouvoir d’achat entre autres et « nous ne reviendrons pas sur les mesures » déjà prises (...), indique-t-il en référence à la suppression de cet impôt sur la fortune et à la hausse de la CSG pour réduire des cotisations sociales. « Elles viennent d’être votées et commencent à peine à livrer leurs effets. Le Parlement les évaluera de manière transparente et avec le recul indispensable ».

Et de poursuivre : « Nous ne pouvons poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique ». Or ce qui fonde notre modèle social, c’est précisément l’impôt, les cotisations sociales permettant de répondre aux besoins. Ce débat national risque bel et bien de servir à justifier l’amplification et l’accélération des réformes dont il n’est pas prêt à remettre en cause la philosophie.

Dès lors que les dés sont pipés, faut-il fuir ce débat ? La question est posée. À moins de profiter des assemblées publiques et des ces semaines à venir pour porter la contradiction, expliquer les impasses dans lesquelles ce président et ses riches amis nous mènent, proposer des alternatives concrètes.

Pas pour convaincre Emmanuel Macron... c’est peine perdue. Mais pour mener le débat avec les salariés, les citoyens.