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Assurance chômage

Macron s’assoit sur le dialogue social

Publié le 25 septembre

Vendredi dernier, le gouvernement a enjoint syndicats et patronat de négocier pour réaliser 3,6 milliards d’euros d’économies sur l’assurance chômage. Cette injonction en dit long sur la conception macronienne du dialogue social.

Voilà des dizaines d’années que celui-ci se résume hélas à discuter des seules propositions patronales avec des syndicats qui faute de s’entendre sur ce qui les rassemble pour faire front commun tentent d’en limiter les effets néfastes.

Le dialogue social est en panne dans notre pays et ce n’est pas une nouveauté. Nicolas Sarkozy, François Hollande puis Emmanuel Macron avaient, candidats à la fonction suprême, promis de lui redonner vigueur.

Le premier avait pris la sale habitude de fixer l’objectif des négociations sociales, et aimait convoquer de grandes messes sociales. Son successeur s’est copieusement assis sur sa promesse en commençant par exemple par refuser d’amnistier les militants syndicaux condamnés sou le règne du premier puis en imposant par ordonnances le premier paquet de la loi Travail ou encore en faisant adopter la loi Macron. Macron lui, violente ceux qu’il aime appeler les partenaires sociaux. Il s’invite à la table de l’assurance chômage et dicte l’ordre du jour et l’issue.

Avec Macron on ne négocie plus, on consulte. On apprend par la presse dans le Journal du Dimanche ce que le premier ministre annoncera dans la semaine suivante aux syndicats qu’il a convoqué l’un derrière l’autre pour des bilatérales. Macron n’aime pas les corps intermédiaires et il se croit légitime et assez puissant pour « corneriser » les syndicats.

Mais Macron n’a pas été élu pour exiger ces coups de serpe dans la protection sociale contre le chômage. Cela ne figurait pas dans son programme. C’est donc une accélération à laquelle on assiste. La triplette Macron-Philippe-Lemaire s’est mise en tête de faire contribuer l’assurance chômage à la réduction des déficits publics. Ils veulent rembourser la dette en taillant dans les filets de sécurité. C’est socialement injuste car l’assurance chômage est relativement équilibrée comme l’assure par exemple Eric Heyer, économiste à l’OFCE sur France Info : « On atteint l’équilibre avec 9 % de chômage. S’il y a une dette, c’est lié à l’État : l’Unedic doit financer la politique de l’emploi et verse donc chaque année plus de 3 milliards d’euros à Pôle emploi ».

Ces mauvaises manières de l’exécutif n’exonèrent évidemment pas le Medef de ses responsabilités dans la faillite du dialogue social. Il en est le principal bénéficiaire. Le patronat est expert dans l’art de faire trainer les négociations, les bloquer par des oukases ou des manœuvres dilatoires. C’est ainsi qu’il fait traîner depuis des mois la négociation sur le statut de l’encadrement.

La CGT des Ingés, Cadres et Techs a rendez-vous le 1er octobre avec le Medef pour reprendre la négociation sur la définition de l’encadrement, suspendue depuis la mi-mars. Si ces réunions marquent « un frémissement de reprise », il reste que l’on « repart à zéro après avoir perdu beaucoup de temps », a regretté Marie-José Kotlicki, secrétaire générale de l’Ugict-CGT. Jusqu’à présent le Medef a fait preuve de mauvaise volonté alors que sur ces sujets il sait qu’il a en face de lui des organisations syndicales qui construisent ensemble des propositions concrètes de reconnaissance de l’encadrement, de définition de son périmètre et des droits et des moyens associés leur permettant d’exercer quotidiennement leur activité professionnelle.